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Être salarié et micro-entrepreneur : règles de cumul et clause d'exclusivité

Clause d'exclusivité, obligation de loyauté, congé pour création, cotisations et impôts : ce que vous pouvez faire, ce qui vous expose à un licenciement, et comment vous organiser.

En bref : oui, vous pouvez créer une micro-entreprise en restant salarié, quel que soit votre contrat (CDI, CDD, intérim…). Trois conditions : aucune clause d'exclusivité ne s'y oppose (elle est interdite à temps partiel et inopposable 1 an après votre immatriculation), vous ne concurrencez pas votre employeur, et vous travaillez en dehors de vos heures de travail.

Beaucoup de micro-entrepreneurs démarrent sans quitter leur emploi : le salaire sécurise les premiers mois, le temps de trouver des clients. La loi le permet. Mais votre contrat de travail continue de produire ses effets, et certaines erreurs peuvent coûter votre poste.

Ce guide détaille les règles du cumul, la clause d'exclusivité, l'obligation de loyauté, le congé pour création d'entreprise, puis les conséquences sur vos cotisations et vos impôts. Il complète notre dossier pour créer et gérer sa micro-entreprise.

Les 3 conditions pour cumuler emploi salarié et micro-entreprise

ConditionCe que dit la règle
Pas de clause d'exclusivité opposableVotre contrat ne doit pas vous interdire d'exercer une autre activité. Si vous travaillez à temps partiel, une telle clause n'est pas permise. À temps plein, elle ne peut pas vous être opposée pendant 1 an si vous créez ou reprenez une entreprise.
Pas de concurrence avec votre employeurC'est l'obligation de loyauté : elle s'applique même si votre contrat ne contient aucune clause de non-concurrence.
En dehors de votre temps de travailVotre micro-entreprise s'exerce sur votre temps libre (soirs, week-ends, congés), jamais pendant vos heures payées.

Le type de contrat ne change rien au principe : le cumul est ouvert en CDI, en CDD, en intérim ou en stage, selon le ministère de l'Économie.

La clause d'exclusivité : ce qu'elle peut vous interdire

Une clause d'exclusivité est une clause du contrat de travail qui interdit au salarié d'exercer une autre activité professionnelle pendant toute la durée du contrat. Commencez par relire votre contrat, et votre convention collective.

Vous êtes à temps partiel

Un employeur ne peut pas embaucher un salarié à temps partiel et lui imposer une clause d'exclusivité. Vous pouvez donc créer votre micro-entreprise, dans le respect de l'obligation de loyauté.

Vous êtes à temps plein : la clause est suspendue pendant 1 an

L'article L. 1222-5 du code du travail prévoit que l'employeur ne peut opposer aucune clause d'exclusivité pendant 1 an au salarié qui crée ou reprend une entreprise, même si le contrat ou la convention collective dit le contraire.

  • Point de départ : la date de votre immatriculation au registre (RCS ou répertoire des métiers) ou de votre déclaration de début d'activité indépendante (article D. 1222-1).
  • Prolongation : si vous êtes en congé pour création d'entreprise et que ce congé est prolongé, la suspension court jusqu'au terme de la prolongation.
  • Exception : la règle ne s'applique pas à la clause d'exclusivité des voyageurs, représentants et placiers (VRP).

À la fin de ce délai, la clause s'applique de nouveau. Vous devez alors choisir : obtenir l'accord écrit de votre employeur pour poursuivre, cesser votre activité indépendante, ou quitter votre emploi. Anticipez ce moment dès la création : le délai d'un an passe vite.

Même pendant cette année, l'obligation de loyauté continue de s'appliquer.

L'obligation de loyauté : ne pas concurrencer son employeur

Tant que votre contrat de travail court, vous devez l'exécuter de bonne foi. Concrètement, vous ne pouvez pas exercer une activité qui concurrence celle de votre employeur, ni détourner sa clientèle, ni utiliser ses moyens pour votre propre compte.

La Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 14 janvier 2026 (chambre sociale, n° 24-20.799). Un menuisier salarié avait créé une auto-entreprise de menuiserie bois et PVC, exercée en dehors de son temps de travail. Pour la Cour, le fait de créer et d'exercer, tout en étant au service de son employeur, une activité directement concurrente de l'une des siennes constitue à lui seul une faute grave. Peu importe l'absence de clause de non-concurrence, l'absence d'actes pendant les heures de travail ou le faible volume de l'activité.

En pratique, avant de vous lancer :

  • comparez votre activité prévue avec toutes les activités de votre employeur, pas seulement votre poste ;
  • ne démarchez pas ses clients, ses fournisseurs ou ses prospects ;
  • n'utilisez ni son matériel, ni ses fichiers, ni votre temps de travail ;
  • en cas de doute sur le caractère concurrent, demandez l'accord écrit de votre employeur avant de commencer.

Et la clause de non-concurrence ?

Ne la confondez pas avec la clause d'exclusivité. La clause de non-concurrence s'applique après la fin du contrat de travail : elle peut vous empêcher, pendant une durée et sur un territoire donnés, d'exercer une activité concurrente de votre ancien employeur. Si votre projet est de quitter votre emploi pour vous installer dans le même métier, lisez-la attentivement avant de démissionner.

Faut-il prévenir son employeur ?

Les sources officielles n'imposent pas une démarche d'information dans tous les cas. Tout dépend de votre contrat :

  • clause d'exclusivité (une fois passé le délai d'un an) ou clause particulière sur les activités annexes : l'Urssaf indique qu'il vous faut l'accord de votre employeur ;
  • aucune clause et une activité sans lien avec celle de votre employeur : rien ne vous oblige à le prévenir, mais un accord écrit reste la meilleure protection si votre activité est proche de la sienne.

Congé ou temps partiel pour création d'entreprise

Si vous voulez vous consacrer davantage à votre projet sans démissionner, le code du travail vous ouvre droit, sous conditions, à un congé (votre contrat est suspendu) ou à une période de travail à temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise. Règles applicables en l'absence d'accord collectif plus favorable :

PointRègle par défaut
Ancienneté24 mois, consécutifs ou non, dans l'entreprise ou le groupe
Durée1 an maximum, renouvelable 1 fois
DemandeÀ l'employeur, au moins 2 mois avant le départ, par un moyen qui prouve la date (lettre recommandée, courriel avec accusé de réception…)
RéponseSans réponse de l'employeur dans les 30 jours suivant la réception, l'accord est réputé acquis
RémunérationLe congé n'est pas rémunéré, sauf accord ou contrat plus favorable
RetourPrévenir l'employeur au moins 3 mois avant la fin du congé ; vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire

L'employeur peut refuser dans certains cas : condition d'ancienneté non remplie, nouvelle demande moins de 3 ans après une précédente création ou reprise, ou, dans les entreprises de moins de 300 salariés, conséquences préjudiciables au bon fonctionnement de l'entreprise après consultation du CSE. Le refus peut être contesté devant le conseil de prud'hommes dans les 15 jours. Votre convention collective peut prévoir d'autres durées ou délais : vérifiez-la.

Cotisations et protection sociale : vous cotisez deux fois

Chaque activité a ses propres cotisations. Celles de votre emploi salarié restent prélevées sur votre fiche de paie. Celles de votre micro-entreprise sont calculées sur le chiffre d'affaires que vous déclarez à l'Urssaf, chaque mois ou chaque trimestre. Vous restez rattaché au régime général de la Sécurité sociale.

Activité de la micro-entrepriseTaux de cotisations 2026
Vente de marchandises12,3 %
Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC)21,2 %
Autres prestations de services (BNC)25,6 %
Professions libérales réglementées (Cipav)23,2 %

Exemple 1 : une salariée à temps plein donne des cours de guitare le week-end, déclarés en BNC. Elle encaisse 600 € en un mois : 600 × 25,6 % = 153,60 € de cotisations pour ce mois. Si elle n'encaisse rien un mois, elle déclare 0 € et ne paie rien.

Exemple 2 : un salarié répare des vélos le samedi (prestation artisanale, BIC). Il encaisse 1 500 € sur un trimestre : 1 500 × 21,2 % = 318 €.

Pour estimer vos propres cotisations, utilisez notre simulateur de cotisations URSSAF. Le détail des taux est dans notre guide des taux de cotisations du micro-entrepreneur.

L'ACRE : rarement ouverte à un salarié

Être salarié n'ouvre pas droit, à lui seul, à l'ACRE. Le seul cas lié au salariat vise le salarié ou la personne licenciée d'une entreprise en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire qui en reprend l'activité. Vous pouvez en revanche y avoir droit au titre d'un autre critère : avoir entre 18 et 25 ans, moins de 30 ans sans indemnisation chômage, ou créer en quartier prioritaire ou en zone France Ruralités Revitalisation, par exemple. La demande se fait auprès de l'Urssaf dans les 60 jours suivant le début d'activité : voir notre guide de l'ACRE en micro-entreprise.

Et la retraite ?

Vos cotisations de micro-entrepreneur s'ajoutent à celles de votre emploi. Mais le nombre de trimestres validés est plafonné à 4 par an, toutes activités confondues : si votre salaire vous en fait déjà valider 4, la micro-entreprise ne vous en apportera pas davantage. Voir combien de trimestres de retraite valide un micro-entrepreneur.

Impôts : deux revenus dans la même déclaration

Vos salaires et le bénéfice de votre micro-entreprise sont tous deux soumis à l'impôt sur le revenu, dans la même déclaration annuelle, mais dans des rubriques différentes : traitements et salaires d'un côté, micro-BIC ou micro-BNC de l'autre (déclaration complémentaire 2042-C-PRO).

Pour la micro-entreprise, vous déclarez votre chiffre d'affaires brut. L'administration applique un abattement forfaitaire pour frais : 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les activités BNC. Exemple : 9 000 € de recettes BNC dans l'année donnent un bénéfice imposable de 9 000 × (1 − 34 %) = 5 940 €, qui s'ajoute à vos autres revenus imposables. Voir notre guide de l'abattement forfaitaire.

Vous pouvez aussi opter pour le versement libératoire, qui fait payer l'impôt en même temps que les cotisations. Cette option dépend du revenu fiscal de référence de votre foyer, qui comprend vos salaires : vérifiez si vous y avez droit et si elle est intéressante dans notre comparatif barème progressif ou versement libératoire.

Enfin, vos deux activités ne doivent pas vous faire oublier les plafonds du régime : en 2026, 203 100 € de chiffre d'affaires pour la vente et 83 600 € pour les services. Votre salaire n'entre pas dans ce calcul.

Comment créer votre micro-entreprise en restant salarié

  1. Relisez votre contrat et votre convention collective : clause d'exclusivité, clause de non-concurrence, clause sur les activités annexes.
  2. Vérifiez que votre activité ne concurrence pas votre employeur, en comparant avec l'ensemble de ses activités.
  3. Obtenez un accord écrit de votre employeur si votre contrat l'exige ou si un doute existe.
  4. Déclarez votre activité sur le guichet unique officiel, formalites.entreprises.gouv.fr, où la démarche est gratuite : voir notre guide pour s'immatriculer en micro-entreprise. Si vous êtes à temps plein avec une clause d'exclusivité, notez la date de votre immatriculation : c'est le départ du délai d'un an.
  5. Vérifiez votre éligibilité à l'ACRE et, le cas échéant, demandez-la dans les 60 jours.
  6. Organisez votre emploi du temps pour que l'activité reste hors de vos heures de travail.

Si vous quittez votre emploi ensuite

Beaucoup de salariés testent leur projet en micro-entreprise avant de partir. Le mode de départ compte : en cas de perte involontaire d'emploi (licenciement, fin de CDD, rupture conventionnelle), vous pouvez, sous conditions, percevoir l'allocation chômage tout en développant votre activité. Voir notre guide pour cumuler chômage (ARE) et micro-entreprise. Pensez aussi à la clause de non-concurrence éventuelle de votre contrat.

Vous êtes agent public

Fonctionnaires et contractuels de la fonction publique relèvent de règles de cumul d'activités qui leur sont propres. Consultez la fiche officielle « Comment cumuler le statut d'agent public et celui de micro-entrepreneur ? » sur entreprendre.service-public.gouv.fr avant toute démarche.

Les erreurs fréquentes

  • Lancer une activité proche de celle de son employeur → licenciement pour faute grave possible, même sans clause de non-concurrence → comparer avec toutes ses activités et, au moindre doute, demander un accord écrit.
  • Oublier la fin du délai d'un an → la clause d'exclusivité redevient applicable et vous place en faute → noter la date d'immatriculation et négocier l'accord de l'employeur plusieurs mois avant l'échéance.
  • Travailler pour ses clients pendant ses heures de travail → manquement au contrat → réserver la micro-entreprise aux soirs, week-ends et congés.
  • Croire que le salaire dispense de déclarer son chiffre d'affaires → majorations de retard à l'Urssaf → déclarer chaque échéance, même à 0 €. Voir que faire en cas d'oubli de déclaration URSSAF.
  • Oublier la 2042-C-PRO → revenus non déclarés → reporter son chiffre d'affaires dans la déclaration de revenus chaque printemps.

Sources officielles

Liens vers les sites de l'administration, consultés le 11 octobre 2026. Les règles et montants pouvant évoluer, vérifiez toujours la version en vigueur à la source.

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